(1/09/2009) STOP!
(GDS) Le rêve se transforme en cauchemar. On attendait monts et merveilles de quatre confrontations entre le Standard et Anderlecht. Au lieu de cela, ce sera la terreur lors de chaque rendez-vous. À moins que... Il faut dire stop! Et joindre le geste à la parole. Marcin Wasilewski, foudroyé constitue la goutte d'eau qui fait déborder la fosse septique. On va trop loin. On va tous trop loin. Si cela continue, si la haine se nourrit de la haine, si la sensibilité ne prend pas la mesure de la folie collective, un jour, il y aura des morts lors de ce que nous ne parvenons plus à appeler à un “Clasico ”. Aujourd'hui, la pyramide est pourrie. Du sommet, occupé par les dirigeants, à la base, constituée par les supporters, sans oublier le milieu de l'édifice, squatté par les joueurs. Tous fautifs, nous, journalistes compris, qui en faisons sans doute trop nous aussi lorsqu'il s'agit de faire mousser l'événement. Axel Witsel a-t-il visé le tibia de Wasilewski, a-t-il eu peur de l'ours de Poznan, s'est-t-il protégé en devenant agresseur? Qu'importe! Witsel et Wasilewski illustrent la démesure, ainsi que le danger existant à marcher au pas derrière un drapeau, en se rangeant derrière une pensée unique. Rouge ou Mauve.
Avec moi ou contre moi. Sans nuance. Sans esprit critique. Ici, nous n'évoquons nullement un débat philosophique ou politique, susceptible de décider du sort d'une nation. Non. On discute de foot. Vous imaginez ça? Dès maintenant, les membres d'Anderlecht et du Standard, quels que soient leurs titres, ont l'obligation de signer une charte morale. Il faut laisser tomber les “beaucoup, beaucoup, beaucoup”, les procès d'intention et les manoeuvres occultes. On ne demande pas aux fans de s'envoyer des fleurs, ni à Lucien D'Onofrio de refaire des mamours à Roger Vanden Stock. Mais au moins canalisons ensemble la passion, pour la rendre positive et non menaçante. Que Gillet et Goreux la ferment et fassent la paix. L'exemple, comme toujours, viendra d'en haut. Puisque des comitars influents se déchirent, les joueurs et les supporters en font de même. Dans ce maelström de pourriture, Axel Witsel et Marcin Wasilewski ne doivent en aucun cas devenir bouc émissaire ou martyr. Ils ne sont rien de moins que des acteurs interprétant une mauvaise pièce.
“Quand les hommes vivront d'amour, ce sera la paix sur la terre, les soldats seront troubadours, mais nous, nous serons morts, mon frère. Dans la grande chaîne de la vie, où il fallait que nous passions, où il fallait que nous soyons, nous aurons eu la mauvaise partie [...]” Texte et musique de Raymond Lévesque, rendu célèbre grâce notamment aux Enfoirés. N'attendons pas Noël pour proclamer paix sur (et autour) les pelouses aux gens de bonne volonté.
Witsel: partagé entre la peur et les remords?
(GDS) “Pas un mot”. La famille Witsel gardera le silence complet et total tant que la sentence n'aura pas été rendue publique. La sentence complète, s'entend. Car il ne faut sans doute pas écarter la possibilité d'un appel. “Après, oui, il y aura probablement des choses à dire.”, murmure Thierry Witsel. Après la rencontre, Axel a trouvé refuge, et ici, le mot prend toute son ampleur, chez ses parents. Il ne voulait pas rester seul. Puis, qui d'autre que Thierry, son père, pouvait comprendre, analyser, réconforter? À 20 ans, Axel s'est immergé durant quelques heures dans la peau de l'homme à abattre. Le soutien n'est d'ailleurs pas venu de l'ensemble du vestiaire. Une violente altercation s'est déroulée après le match, dans le vestiaire liégeois. Milan Jovanovic s'en est ouvertement pris à son équipier. Par la suite, l'attaquant du Standard a d'ailleurs tenu des propos qui ne ressemblaient nullement au discours d'un avocat de la défense. C'est dans cette ambiance, qui explique peut-être en partie les mauvais résultats actuels, que le car a été escorté par plus d'une dizaine de véhicules de la police. On n'en n'aurait sans doute pas fait davantage si Benyamin Netanyahou s'était trouvé au coeur du convoi. Les ponts enjambant l'autoroute étaient surveillés, de manière à éviter que des projectiles ne soient lancés depuis ces endroits stratégiques. Revenu au calme, mais la peur au ventre, suite à des menaces de mort, et des remords pleins les jambes, Axel Witsel a pu mesurer combien est courte la distance qui sépare le Capitole de la Roche Tarpéienne.
Il n'a que vingt ans, et déjà, il a connu beaucoup de choses. Trop sans doute. Les honneurs, la gloire, l'or, la popularité, le succès. On a si vite élevé Axel au pinacle qu'il ne pouvait qu'y attraper le vertige. Dès le premier match, on s'est dit que la saison qui s'ouvrait à lui serait difficile. À une rupture sentimentale est venue s'ajouter sa production ratée contre Saint-Trond et les deux penalties loupés. Witsel courait après la forme et rien ne voulait lui sourire. Dans ces cas-là, il arrive régulièrement qu'une blessure survienne. C'est ce qui s'est produit. Mais pas dans le sens où cela se passe généralement. “L'enfant d'or” de Sclessin va désormais avoir le temps de méditer sur la vacuité de notre existence et se reconcentrer sur les vraies valeurs. Dès qu'il aura reçu le feu vert, il se rendra au chevet de Marcin Wasilewski, ce qui constituera la moindre des choses. On souhaite qu'Axel accompagne Wasyl tout au long de l'interminable chemin qui l'amènera un jour à pratiquer à nouveau son métier. Le repentir et la compassion sont des sentiments rares, dans le monde du foot.
Personne ne conteste le fait que le Soulier d'Or doit être sanctionné. Aujourd'hui, à 14h à la maison de Verre, il y aura beaucoup de monde pour connaître le verdict. 4 matches, 6 ou plus encore? Voilà un jeu de pronostics bien malsain auquel il vaut mieux ne pas se prêter. L'argumentation de la direction liégeoise sera-t-elle convaincante pour que la note ne soit pas trop salée? Là aussi, voici une question dérangeante que beaucoup se posent du bout des lèvres... en admettant ensuite que l'important est ailleurs, du côté de l'hôpital où séjourne Wasyl. Si appel il y a, il sera entendu vendredi plus tard.
Menacés de mort
Mais où va-t-on? Et surtout, jusqu'où ira-t-on? La question est d'autant plus essentielle à poser que dès après le match, Axel Witsel et Steven Defour ont été menacés de mort, par des “supporters” anderlechtois et... polonais, via des e-mails adressés à l'encadrement du Standard. Des menaces prises très au sérieux, puisque les domiciles des deux internationaux belges de Sclessin ont fait l'objet, durant la nuit de dimanche à lundi, de rondes policières. Avant cela, c'est dans une véritable ambiance de guérilla que le car des joueurs avait regagné la Cité ardente. Sous très haute escorte, protégé, jusqu'à Heverlee, par une vingtaine (!) de véhicules de police, entre motos, combis et fourgons. Tous les pont sont aussi été évacués, pour empêcher que des fans anderlechtois ne s'en prennent au car des Rouches. Puis, c'est entouré de trois véhicules de police que s'est effectué le retour jusqu'à l'Académie Robert Louis-Dreyfus. Sacrée soirée... à oublier au plus vite